01/04/09

Rien.

Quand l'état de guerre est déclaré, il ne reste qu'une chose à faire: attendre. Patience, et sourires font bon ménage quand les groupuscules syndicalistes et révolutionnaires (l'un ou l'autre, l'un n'excluant ni n'incluant pas l'autre) décident de faire la guerre. Il n'y a rien à faire. Café, thé, chocolat, carburons aux deux euros cinquante centimes le petit café dans une salle surchauffée, à parler des oeuvres décriées par certains.
Rien.
Vide.
Intersidéralement vôtre.

07/02/09

De la rapidité.

Tout s'est passé relativement vite: des postes rédigés puis effacés à l'aube, des textos qu'on croyait amoureux, des lumières qui se posent le matin sur la peau nue. Tout s'est construit dans la lueur de la nouveauté. Il y avait de la lumière je suis rentrée. Dès lors que les flammes ont commencé à vaciller, j'étais perdue, mais trop prétentieuse pour l'avouer. Alors, l'alcool a décanté, j'ai bu du champagne, mangé comme une poule de luxe. Et, je me suis fait vomir.
Les choses avalées comme une boulimique de la vie auront eu raison de moi, elles m'ont étouffées, prises par le cou, prises par les zones érogènes. J'ai fondu d'abord en larmes, puis en graisse puis en sang. Une lavette, je vous dis, une vraie serpillère bonne à essorer. Puis, plus rien. Ca a glissé sur moi, j'ai emmerdé le monde bien des fois, j'ai crié haut et fort qu'ils me faisaient tous chier, et. C'est tout. Ils ont pris soin de moi, avec des pincettes. Ils ont dit que tout irait mieux. Ce jour-là nous avions même dîné ensemble. Je suis rentrée, seule, j'ai attendu. Le vent avait soufflé la flamme.

09/12/08

Le désir fou de danser.

Je m'ennuie profondément. Un ennui qui dévore tout sur son passage, des heures du matin à l'aube, aux heures du soir au couché du soleil. Je ne sais plus comment panser ses aiguilles qui défilent mais qui ne retiennent plus mon attention. Je vis dans les livres qui me donnent la gerbe, et dans l'encre noire qui danse devant mes yeux. Oui, c'est vrai, tout ça devrait me plaire, tout ça devrait me donner l'envie de continuer. Mais non. Parce qu'eux ne font plus d'efforts: je continue de vivre dans Le désir fou de danser, de vivre, et de répondre à mes propres interrogations.
Je n'en peux plus.

16/11/08

Appelez-moi par mon prénom -Nina Bouraoui

Nina Bouraoui écrit toujours cet exil qui l'emmène de Paris à Lausanne en passant par Zurich. Écriture de la subjectivité plus qu' écriture d'une aventure, Appelez-moi par mon prénom est semblable aux autres "romans" de l'auteur. C'est dommage. Il n'y a plus de surprise. On sait que les deux héros seront ensembles, et la prose -qui d'habitude est haletante - est un peu répétitive. J'avais aimé Les mauvaises pensées parcequ'elles relevaient de ce que personne ne dit, alors qu'ici tout est dit dans les premiers mots. Comme les e-mails envoyés du narrateur à son amant, le lecteur voit se dérouler en lui et le livre une histoire moyenne qui ne mérite pas vraiment d'être lue. Les corps, l'amour, même cela, il n'y a rien à en dire. Ce livre me passe dessus sans qu'il ne me touche, je plonge dans une piscine et en ressort sans être mouillée.

Le cas Sonderberg- Elie WIESEL

Le cas Sonderberg est sinon différent des autres livres de Wiesel , un cas intéressant. Comme à son habitude l'auteur est traversé par la culpabilité, peut-on être coupable et à la fois non-coupable des autres? Sans faire de résumé de ce livre, je dirais que Sonderberg est à la fois le double et à la fois l'opposé des autres héros. Les narrations se mêlent, sans que pour autant le lecteur soit perdu, et pour cela, ce livre reste accroché au-dessus des mémoires.
Quelques pages plus tard, on se demande encore qui est le vrai coupable. Le nazis, son fils, son petit fils. Qui est le cancer qui ne porte pas de nom? Ces images traversent, mutilent l'écriture de sa poésie. Parce qu'à 80 ans, on a encore plein d'angoisses irrésolues, et de questions en suspend, on a encore la patience de tout mettre en mots et en couleurs pour tenter d'apporter des réponses. Eliezer Wiesel est l'un de ses prix Nobel de la paix qui offre encore aujourd'hui au monde l'humilité des grands hommes.
Hanté par les démons des camps, il n'en fait pas pour autant une réécriture simplifiée, il tente d'expliquer la Tragédie, de lui donner un sens moral (certes cela à déjà été fait, mais là c'est différent) qui s'applique aussi bien au conflit Israélo-palestinien qu'à des conflits plus anciens.
La vie donnée comme pendant de la mort, la vie prise entre deux états: naissance et décès, la vie juste pour ce qu'elle est: Wiesel la chante comme jamais: dans ces contradictions.

30/10/08

Ego scriptor- Ou la littérature transfigurée.

" Ego scriptor
Devant trop souvent écrire choses dont je n'ai nulle envie et l'esprit inerte devant elles, je m'avise de me donner les lettres initiales des phrases successives à faire- comme pour un acrostiche"p 191

"Rien ne me fatigue comme d'écrire des choses qui ne m'intéressent pas et qu'il faudrait écrire pour pouvoir écrire-celles qui m'intéressent. C'est le don du romancier qui me manque. Il sait écrire ce qu'il pourrait changer. Ce qui n'est pas une critique du roman mais de la vie même" P185

"Ecrire pour publier c'est chez moi l'art d 'accommoder les restes"p 183

Paul Valéry, Ego scriptor, Poésie Gallimard.

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Depuis un petit moment je vois la littérature se transformer en réalité. Peut-être est-ce une question de psyché -et ça l'est très certainement, disons que je vois des transfigurations littéraires dans ce qui m'entoure.
Rue Saint-André-Des-Arts, je suis sûre d'avoir vu Moshé , sûre et certaine qu'il s'agissait du fou qui annonce la mauvaise nouvelle aux habitants de Sighet. Il portait une kipa, et mendiait au milieu de la rue. J'ai tellement eu peur. De cette peur qui se mêle à la pitié, mais qu'on ne saurait défier. Il avançait, doucement, au milieu des étudiants et des jeunes gens qui peuplent le quartier latin. Cet homme, Moshé, apparaît pour la première fois dans La nuit d'Elie Wiesel, puis il devient un fil rouge des autres livres. Dans le premier tome des Mémoires, puis encore, et encore. En réalité, je ne sais pas qui est ce badaud. Je ne le connais qu'à travers les phrases de l'écrivain, pourtant, dans cette rue, j'ai vraiment cru qu'il s'agissait des mots modelés sur la chair humaine.

26/10/08

Dora Bruder, 1, 55m, visage ovale, yeux gris-marrons"

" L'amour est le cycle de la parole. Je t'écris infiniment et j'invente sans cesse le cantique que j'ai lu dans tes yeux, par mes mots, je pose mes lèvres sur la chair brûlante de mon pays et je t'aime démesurément comme au jour de notre première communion" Hubert AQUIN, Prochain Episode.

J'écris l'obsession des mots et des couleurs, l'absence fatidique de solutés dans les mélanges que je fabrique à l'encre bleue. Je sais qu'il est difficile d'écrire une vérité dure. Pourtant, il serait simple de voir comment, toi, tu saisis ces choses au creux de mes reins. Tu sais, je n'ai pas embrassé l'étoile pour rien, non, Dora Bruder, "1,55 m, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris...", je refuse de t'oublier dans les rues de Paris. Quand je lis Dora, elle vit. Et, je me souviens, qu'un soir, dans ce lit ouvert, j'avais trébuché sur ton souvenir douloureux.

( Dora Bruder -Patrick Modiano)