15/11/09

De la connivence intellectuelle.

On a tous été jeune, on a tous fait des conneries. J'ai eu des regrets. (vous savez, les mails envoyés, injurieux, désolés de tristesse...)
Un jour, je me suis réveillée, et je me suis dit: "Ma fille, la connivence intellectuelle, tu l'as perdue." Définitivement perdue.
Un autre jour, je me suis réveillée, et je me suis dit: "Tu sais, cette connivence, tu l'as retrouvée. Avec certaines personnes, eux, là, ceux qui travaillent avec toi, dans cette bibliothèque de "dernier recours" ". Tu as eu de la chance.
Un autre jour, j'ai regardé cet espace de chronique, j'ai eu un pressentiment, l'ancienne connivence intellectuelle était retrouvée. Mais le passé est ce qu'il est, les lettres restent dans le placard de la conscience oubliée.
Aujourd'hui j'ai vu des commentaires: Non, je ne souhaite pas te revoir (toi, unique lecteur !), parce que nos pressentiments se sont rejoints, non, parfois, la connivence intellectuelle est peut-être meilleure sur la toile qu'autour d'un café-sandwich.

(PS: oui, je suis toujours à Paris, et Sartre m'a achevée !)

Soyons poétique.

On a prétendu sottement enlevé tout caractère religieux à la littérature lorsque la société se tournait vers un nouveau Dieu: la consommation. Au tournant des années 50-60 (et Dieu sait, que certains de nos illustres maîtres sont encore baignés dans ce jus soixante-huitard !), on a regardé à rebours les œuvres antérieures pour en dégager des structures objectives. Que nenni. Nos œuvres sont bien celles qui sont loin de toute objectivité, elles sont celles qui donnent les larmes aux yeux pour une utilisation particulière de la musique, des images ou de la disposition sur la page. Un texte, est certes un ensemble de signes, qui par convention, désignent des choses, mais ils appellent aussi le coeur du lecteur. Prenons un exemple, Hölderlin me touche profondément, bien plus que la poésie lamartinienne qui, à mon sens, est trop larmoyante. Je ne peux pas l'expliquer, c'est une émotion ressentie face à des mots. Et, s' ils ne touchent pas mon voisin, tant pis. Je ne crois pas en un art universellement émotif !
Autre chose, on a souvent vu en la poésie de Reverdy une poésie hermétique (parce qu'elle est souvent aphoristique ), mais si l'on cherche dans tous les poèmes, certains le sont plus que d'autres. Je suis donc, pour une lecture pleine et entière des oeuvres avant de les condamner.
Mon avis est bien sûr subjectif !

25/09/09

P.Reverdy -Poèmes

P.R a écrit dans les Poèmes en prose, intitulé "L'esprit sort". (publié dans La plupart du temps, Poésie/Gall)
Que de livres! Un temple dont les murs épais étaient bâtis en livres. Et là, dedans, où j'étais entré on ne saura comment, je ne sais pas où, j'étouffais; les plafonds étaient gris de poussière. Pas un bruit. Et toutes ces idées si grandes ne bougent plus; elles dorment, ou sont mortes. Il fait dans ce triste palais si chaud, si sombre !
De mes ongles j'ai griffé la paroi et, morceau à morceau, j'ai fait un trou dans le mur de droite. C'était une fenêtre et le soleil qui voulait m'aveugler n'a pas pu m'empêcher de regarder dehors.
C'était la rue mais le palais n'était plus là. Je connaissais déjà une autre poussière et d'autres murs qui bordaient le trottoir.

(la mise en page n'est malheureusement pas respectée, il convient donc de se référer au poème imprimé)
Ce poème me laisse tout à fait dubitative quant à une critique que je viens de lire. G.Bounoure, dans l'ouvrage Pierre Reverdy: 1889-1960 déplore la crise spirituelle de P.R comme étant un élément s'inspirant des cubistes. N'allons pas chercher jusque là, on sait que bons nombres d'écrivains de la génération de P.R se sont laissés aller aux chants de la foi et de Dieu. Pourtant, R. s'inscrit dans un autre mouvement: il est le poète de l'intériorité dévolue à passer à l'extérieur. C'est par le biais de l'écriture que notre poète s'essaie au terrible exercice de la méditation.
( work in progress)

18/09/09

P.Reverdy, prise de notes sur Le Gant de crin. (partie 1)

(tiré de Le Gant de crin, Flammarion pour les citations, pour le reste indications de notes en bas de pages, si il n'y a rien, alors ce ne sont que des notes)
"
Le marin aime l'immensité, la vaste mer, le ciel sans bornes, et pour en jouir il s'astreint à passer la plupart de sa vie sur quelques pieds carrés de planches.
Le moine aime l'infini et, pour se préparer à en jouir, il s'enferme au monastère entre des murs qui clôturent quelques pieds carrés de terre."
- Le moine, le poète, le marin doivent réussir à s'engager dans l'ascèse et l'assemblage des sentiments. C'est en faiseur de mots que Reverdy voit l'aspiration à l'Être suprême: parce que les lettres sont des vecteurs de transcendance, la poésie est une forme de spiritualité, et de méditation.

"Glorieux, le Christ n'en reste pas moins, parmi les hommes, humilié.
Humilié dans l'Eucharistie, dans l'hostie que l'on montre dans de magnifiques ostensoirs, mais qui ne perd pas pour cela l'apparence des plus humbes espèces.
L'éclat de l'or, c'est toujours la supériorité de la matière sur l'esprit. Pour élever l'esprit il faut abaisser la matière. On ne glorifie pas l'esprit par la splendeur de la matière. C'est ce que le Christ est venu montrer. S'Il s'était manifesté dans la magnifiscience d'une royauté terrestre, c'est la matière qui eût été glorifiée et non l'esprit.
Et il venait pour que les hommes apprissent mieux à glorifier l'esprit dans l'humilité et l'effacement de la matière.
Dans les pompes de l'Eglise cet effacement de la matière devant l'esprit n'est obtenu que par le goût parfait et la mesure de la pure liturgie. Seule la pauvreté complète dans la nudité absolue peut lui être opposée."
- Je pense aux Psaumes 50 & 101 (" "car mes jours se sont évanouis comme de la fumée, et mes os se sont desséchés comme le bois près d'un feu brûlant"-101 & "Créez en moi un coeur pr, ô mon Dieu, et renouvelez dans mon âme l'esprit de droiture." 50), aux Ave Maria, aux choeurs, aux chants grégoriens.
Dans la préface ( qu'il titre "En guise de préface") du Gant de crin P.R. écrit: "Quand on est irrémédiablement petit, on ne saurait rien voir de grand. Au surplus, ce qui fait la grandeur de la religion, ce n'est pas l'homme mais Dieu. Et Dieu fait la grandeur de l'homme qui accepte toutes les conséquences de la religion. La conception (si l'on peut dire) de Dieu, de la grandeur, voilà le pôle qui attire l'âme qui cherche réellement la Vérité comme l'aiguille aimantée nord.
Partie dans ce sens, l'âme devra toujours davantage jeter du lest pour obéir aux exigences pathétiques de cette ascension qui ne saurait finir ni dans la quiétude ni dans la douceur. Situation, religion commode? Ce sont plutôt les mots qui le sont, et aussi les attitudes veules, les petites réunions entre amis, les gros chagrin de l'arrivisme et encore les satisfactions sensuelles d'un organisme à peu près dépourvu même de cœur. Quand le besoin de vérité, de justice, de pureté et d'intelligence absolue vous prend réellement à la gorge, on ne s'en tient pas quitte par des réunions de petits salons à la mode, entre chiens et loups, ou de café. Un esprit disponible n'est pas un esprit en arrêt, mais capable d'aller aussi loin que son appétit d'absolu peut le mener."
-C'est bien dans les Prières du soir- actions de grâce- qu'il faut chercher, à mon sens, la compréhension de ce texte. Lorsque les fidèles disent: "
Remercions Dieu des grâces qu'ils nous a faites.
Quelles actions de grâces vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour tous les bien que j'ai reçus de vous? Vous avez songé à moi de toute éternité; vous m'avez tiré du néant (...)
Demandons à Dieu la grâce de connaître nos péchés.
(...)


P.R écrit " Au paradis terrestre, Adam se donne la mort. L'homme ne peut supporter l'idée de la mort, elle révolte la raison humaine qui la sonde. Elle n'est pas dans l'ordre de la création, elle est dans le désordre, ou plutôt dans le contre-ordre qui a suivi la chute. Dieu donne la vie et non la mort.
Notre mort, évidente pour l'homme, n'est pas le même spectacle pour Dieu. Je veux dire que la tristesse de cette transformation qui existe pour l'homme n'est pas pour Dieu.
Mais l'homme, le premier homme, invente aussitôt le suicide."
-Cela n'est pas sans rappeler la Genèse (II, 7: "Et Dieu forma l'homme de la poussière de la terre" & III). Lorsque le serpent propose le fruit défendu au couple, il incarne le suicide. Il est la fin de la race humaine dépourvue de pêchés.

09/09/09

Lélia.

Lélia, G.SAND

"Vous demandez si j'adore l'esprit du mal. L'esprit du mal & l'esprit du bien, c'est un seul esprit, c'est Dieu; c'est la volonté inconnue et mystérieuse qui est au-dessus de nos volontés. Le bien et le mal,, ce sont des distinctions que nous avons créées: Dieu ne les connaît pas plus que le bonheur et l'infortune. Ne demandez donc ni au ciel ni à l'enfer le secret de ma destinée. C'est à vous que je pourrais reprocher de me jeter sans cesse au-dessus et au-dessous de moi-même: Poète, ne cherchez pas en moi ces profonds mystères; mon âme est sœur de la vôtre, vous la contristez, vous l'effrayez en la sondant ainsi. Prenez-la pour ce qu'elle est, pour une âme qui souffre et qui attend. Si vous l'interrogez si sévèrement, elle se repliera sur elle-même et n'osera plus s'ouvrir à vous."

Lélia serait un peu comme une madone, elle me fait penser à l'apparition de la Salette. Belle, blanche, les Alpes derrière elle, et ces deux enfants: Mélanie et Maximin. Sans forcément tournée dévote, Lélia est un peu un art à elle seule, avec des mots, des paroles.

13/08/09

Les vagues.

Il fallait du temps pour écouter les vagues. Mais. Non. Pas le temps. D'écouter l'eau se mouvoir dans le paquet odorant des algues vertes.

01/04/09

Rien.

Quand l'état de guerre est déclaré, il ne reste qu'une chose à faire: attendre. Patience, et sourires font bon ménage quand les groupuscules syndicalistes et révolutionnaires (l'un ou l'autre, l'un n'excluant ni n'incluant pas l'autre) décident de faire la guerre. Il n'y a rien à faire. Café, thé, chocolat, carburons aux deux euros cinquante centimes le petit café dans une salle surchauffée, à parler des oeuvres décriées par certains.
Rien.
Vide.
Intersidéralement vôtre.