La Mère serait celle qui nous aurait accouchées, celle qui nous aurait fait. Mais véritablement, elle pourrait être la Vierge, ou une sainte qu'on aurait décidée. Il n'y aurait pas de choix à faire, pas de tromperies. Là, il faut se poser la question de savoir avec qui elle nous aurait conçues. Avec le Père. Et le Fils. Je suis le Saint-Esprit.
Enfin. La mère est celle que je vois autour de la piscine, dans un bus ou accoudée sur les rambardes du pont d’un bateau. Je la vois encore, tout au loin. Dans un champ. Près du marronnier qui a supporté nos escapades nocturnes. Encore, plus proche, le père. De nos désirs. Ils sont tout les deux aussi lointains de nos vies que nous sommes des leurs. Indubitablement les vies se séparent, se divisent, deviennent autres. Un jour, je l’ai vu, devant la tombe où il était inscrit « M. D ; décédé en avril ». Mauvais poisson. Elle avait pleuré tout le long de la cérémonie ; oh, tu sais, comme les adultes pleurent parfois. En se serrant les mains, mais en refusant de voir les autres larmes. La petite fille gardant le mouchoir au fond de la poche noire. Au loin, enfoncer les ongles dans la chair, pour enfin comprendre qu’il ne sera plus là au bout de la table. Tu sais comme on vieillit vite. Tu sais comme les souvenirs se fanent. La Mère serait encore, là, toute proche des enfants, à les regarder. Courir. Elle jouerait avec nous, comprendrait encore et toujours les traces supposés enfantines des gosses de huit ans. On ne blague pas à cet âge, on est sérieux. On s’y croit. Parce qu’il faut porter le poids d’un monde imaginaire. Un jour la Mère décrète. « non tu ne peux plus faire ça, tu es trop grande ». Alors, j’obéis, sans comprendre pourquoi.
03/05/08
La mère.
( image tirée sans doute de La mère de Christophe Honoré)
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