20/04/08

Dialogue.

- C'est presque finit.
- Oui, oui, on arrive à la fin d'une belle période, quand même.
- Peut-être que c'est la vie d'adulte, par morceaux qui se désagrègent.
- Sans doute, on s'habitue, et puis tout passe.
- Les stores sont tirés. Il faut regarder le merle qui mange des miettes jetées par le voisin.
- Ah oui? Tu penses que ça change quelque chose de s'émerveiller?
-Devant les mots, oui, devant la nature, encore oui, devant toi, non.
-Ah, d'accord. Regarde la télé alors.

"Dialogue sur la poésie ?
La pratique de la poésie conduit nécessairement à donner au langage même une part de premier rang" (VALERY)

19/04/08

August Rush- Kristen Sheridan

Le décor: New York. Jusqu'ici rien de nouveau, plein de films se déroulent dans la grosse pomme. Mais on y voit des concerts, des écoles de musique, des pasteurs. En général il y a toujours des histoires d'amour, ce film ne déroge pas à la règle; souvent il y a des enfants, là non plus pas de changements. Alors, me direz-vous, quelle est la différence? La façon de filmer. La photographie est vraiment magnifique, car le mélange des points de vue est plus celui d'un roman que celui d'un film. Pas ou peu de voix off. Je lis l'histoire de la musique et de l'image. Des gens que l'on pourrait rencontrer dans la vraie vie. La naissance d'un artiste est toujours celle d'une vie, d'une pensée, la musique éclot dans un écrin de verdure, et calmement on glisse dans un Für Elise qui devient vite une 5ème Symphonie. Tout tourne très vite, le spectateur reste accroché à son siège jusqu'à allegro final. Central Park en pleine nuit, même si on a pas aimé le film vaut tout de même le coup.
A l'heure où les Français se délectent d'une soupe nordique, il faudrait sans doute penser à sortir du chauvinisme pour aller voir du côté de la production américaine, qui certes n'est pas toujours bonne, mais qui au moins à la mérite de passer du côté de la barrière des notes blanches ou noires. Aussi, on reprochera le côté doucereux de cette jolie pâtisserie (oui, oui je reprends les termes d'une critique), hé alors? Après tout, on a peut-être le droit de manger une religieuse industrielle si elle ne fait pas prendre de calories.

August Rush

17/04/08

Yann Queffélec.

J'ai lu Les noces barbares. Et j'ai eu une furieuse envie de sel, d'embruns, et de vents. Ces noces entre les paysages, et les discours ne sont pas insignifiantes. 1985, nous ne sommes pas encore loin des hôpitaux psychiatriques, on l'on administre du valium par quantités phénoménales. Alors, loin de se laisser aller dans une sorte de pathos, Queffélec entraine le petit Ludo, avec lui, dans une course poursuite contre la perte des souvenirs. Il emmène aussi le lecteur entre Bordeaux et Lourdes, entre le Médoc et les Landes. Parfois, oui, il faut l'avouer tout cela est un peu long, mais globalement l'écriture est vive, douce, presque mélancolique.
On aime se prendre aux jeux de noces esthétiques, et c'est le cas.

"Dans ce demi jour sale et cendreux, il prenait possession d'une vérité floue qui l'affola d'abord: il était seul avec Lise, ils étaient seuls à la cave. Il entendait la mer, c'était l'émotion qui battait librement dans leurs souffles. Déjà les regards s'échangeaient"
( Yann Queffélec, Les noces Barbares, 1985, Gallimard)

10/04/08

Dialogue.

- Tu crois qu'on peut lui dire?
- Non, tu imagines dire qu'on aime, vraiment, une personne, pas par amour, mais plus parce que tu sens une osmose.
- C'est lui, qui t'avais demandé: "ça va, vous êtes sûre?"
- Oui, avec un air doux. Mais maintenant il pense juste le "gentille", rien de plus, et c'est décevant.
- Ah, tu crois? Je t'avais déjà dit qu'il était insensible. Tu ne me croyais pas.
- On pourra toujours lui envoyer une lettre, de la part de P.S !Avec un "je vous aime"
- Ouais, mais avant il faut lui demander s'il est homo.

08/04/08

J'les déteste.

Jouer aux femmes, prêtant leurs charmes à d'autres humains. Elles n'ont décidément pas de tact; ou pas les mêmes priorités. Longtemps j'ai pensé que plaire n'était qu'une autre manière de dire la beauté. Oui, le Beau est universel. Mais, rapidement la vérité est devenue autre. Comment plaire sans le moindre concept? Se laisser tomber dans les bras d'un éphèbe n'apporte pas l'essentiel d'une vie. Il la mange, feu de libertins. Les corps incandescents ne seront jamais la porte vers un avenir sûr. Les mains coulent sur les peaux pour mieux les faire se détruire. Papier de verre. Faut-il leur dire que la beauté n'est pas une évidence. Tu verras, tu verras, diront-elles, avec un air de dédain et d'incompréhension face à la morale, baiser n'est pas une réprimande. Je jouis, encore, une fois, la main qui dépasse de ce sexe. Et? Rien, à voir, rien à faire. Cinq minutes face à l'éternité. Jamais je ne serais de celles. Qui jouissent dans les corps, plus que dans l'apprentissage. Parce que la vie n'est pas un vaste champs de corps dénudés.
Alors, je repense à un film de Christophe Honoré: Les chansons d'amour.

"Les amours qui durent
Font les amants exsangues
Et leurs baisers trop mûrs
Nous pourrissent la langue
Les amours passagères
Ont de futiles fièvres
Et leurs baisers trop verts
Nous écorchent les lèvres
Car à vouloir s'aimer
Pour la beauté du geste
Le ver dans la pomme
Nous glisse entre les dents
Il nous ronge le coeur
Le cerveau et le reste
Nous vide lentement"
( "As-tu déjà aimé". Alex Baupain. Les chansons d'amour.)

Ah.

Ça t'a fait un truc, hein, quand t'es sortie pour la dernière fois de cette grande salle qui pourrait être celle qui retiendrait tes souvenirs. Quand elle a dit "bon courage, ne vous inquiétez pas", habillée en gris, avec les mêmes vêtements d' il y a deux ans, alors qu'elle ne te connaissait pas encore, les mots se sont enfuis. Tu t'es dit mince alors elle manquera. Elle, ses blagues à deux francs, les habitudes des heures passées proche des fenêtres. Le soleil des matinées d'hiver qui se lève. Et les aveux, un samedi matin, tout sera possible.
J'en suis sûre.

"La voix vivace et violente et tendre
Qui perce l'âme"
(1935-Valéry, Ego scriptor)

Tout a commencé par là.

Paul VALERY, Ego scriptor et Petits poèmes abstraits.

"Vois l'onde de la mer que la lune tourmente
Et qui traîne des monts sur sa forme dormante
Les monts coulent toujours
Dans leur ombre."

J'ai pu voir Valéry, les mots, et les autres face à moi, dans leur plus pure simplicité jusqu'au moment où, il a bien fallu comprendre autre chose que des mots. Lire, écrire, penser à la manière d'un critique pour faire comme si.
Ensuite, il y a eu les blogs, rapidement, pendant quelques années de délires égocentriques sur d'autres serveurs. Facilement, et sans doute inévitablement, les mots se sont accrochés à d'autres afin de créer des liens virtuels et amicaux. Certes, aujourd'hui, de ces cordes tendues il en reste que des souvenirs. Mais après, tout, on ne demande rien.
Puis, des cahiers, des feuilles, encore, encore. Toujours. Parce que l'écriture n'était pas faite pour être lue. En un sens, "je est un autre".
Maintenant, Ego scriptor. Ici, sur les arbres, sur les feuilles, dans les racines. Nourrie des sonorités, et sans doute de vie, et d'images.