28/05/08

Plume.

Je me perds. Au loin. Dans les autres. Dans la solitude. Je ne sais plus.
Peut-être parce qu'on a vite fait de se faire mal, soi-même. Peut-être parce que tout se fait vite. Parce que sans doute je suis rattrapée par les mots. "La poésie c'est le bouche-abîme" (REVERDY).
Sur les plages, je me souviens des mots, des rires. Vents de souvenirs. Mon corps mange, et défèque ce que je ne veux plus. Corps. Yeux. Mains.
Tu me manques. Au loin. Comme on voudrait regarder les gens. Comme le chat. Comme lorsqu'elle dit que Michaux n'était que drogué. Avec le restrictif. Et Plume, mon plume alors? Je veux que tu me supportes. Au loin, comme de près. Dans les moments de joie. Avec ton duvet sur le corps. Que tes ailes me supportent. Qu'elles m'aident à avancer. Aide-moi, encore. Encore. Encore.

[playlist: Mathilde- Brel / Avec le temps-Léo Férré]

20/05/08

Vendeurs.

A la Librairie du Temple, hier il y avait un peu de monde. Une jeune femme, d'une trentaine d'années demandait des renseignements sur un nouveau mouvement israélite. La vendeuse, à l'évidence ne connaissait pas le titre du livre, encore moins l'auteur. Le plus grand rayon de cette librairie est en long, comme s'il formait une ruelle.
Des personnes sortaient du Zadig-et-Voltaire, la vendeuse de K-Jacques portait des spartiates et fumait sa cigarette adossée à un mur où une boucherie casher a établit ses quartiers. Dans la rue des Rosiers, il y avait une affiche pour la promotion d'une célébration en l'honneur d'un intellectuel. Je ne sais plus lequel. Mais il devait être important. Ou connu. Deux étudiants israélites, vêtus de noir, se promenaient avec sous la main une petite valise (peut-être ont-ils le même exemplaire du Talmud que moi), et regardaient au loin, la tête portée vers le haut. D'une boulangerie, deux jeunes filles sortaient, l'une avec un falafel dans un sachet en plastique, et l'autre sans rien.
On a dû passer près d'une autre librairie (Mona Lisait), en devanture, sur la rue, il y avait encore les guides de voyage des années passées. Le vendeur est très gentil, mais il faut aller vers lui. Un peu plus loin, c'est la Place des Vosges, et le métro Saint-Paul, Ligne 1, soit vers Vincennes, soit vers la Défense.

16/05/08


Janacek: Sonata for Violin and Piano - 3rd movement

Là, on peut dire qu'il est un dieu du palimpseste, avec les notes du dessous qui reviennent, et qui remontent, et surgissent. Explosion.

07/05/08

Les choses.

"Il auraient voulu parfois que tout dure, que rien ne bouge. Ils n'auraient qu'à se laisser aller. Leur vie les bercerait. Elle s'étendrait au fil des mois, tout au long des années, sans changer, presque sans jamais les contraindre" Les choses, G.PEREC

03/05/08

La mère.


( image tirée sans doute de La mère de Christophe Honoré)

La Mère serait celle qui nous aurait accouchées, celle qui nous aurait fait. Mais véritablement, elle pourrait être la Vierge, ou une sainte qu'on aurait décidée. Il n'y aurait pas de choix à faire, pas de tromperies. Là, il faut se poser la question de savoir avec qui elle nous aurait conçues. Avec le Père. Et le Fils. Je suis le Saint-Esprit.
Enfin. La mère est celle que je vois autour de la piscine, dans un bus ou accoudée sur les rambardes du pont d’un bateau. Je la vois encore, tout au loin. Dans un champ. Près du marronnier qui a supporté nos escapades nocturnes. Encore, plus proche, le père. De nos désirs. Ils sont tout les deux aussi lointains de nos vies que nous sommes des leurs. Indubitablement les vies se séparent, se divisent, deviennent autres. Un jour, je l’ai vu, devant la tombe où il était inscrit « M. D ; décédé en avril ». Mauvais poisson. Elle avait pleuré tout le long de la cérémonie ; oh, tu sais, comme les adultes pleurent parfois. En se serrant les mains, mais en refusant de voir les autres larmes. La petite fille gardant le mouchoir au fond de la poche noire. Au loin, enfoncer les ongles dans la chair, pour enfin comprendre qu’il ne sera plus là au bout de la table. Tu sais comme on vieillit vite. Tu sais comme les souvenirs se fanent. La Mère serait encore, là, toute proche des enfants, à les regarder. Courir. Elle jouerait avec nous, comprendrait encore et toujours les traces supposés enfantines des gosses de huit ans. On ne blague pas à cet âge, on est sérieux. On s’y croit. Parce qu’il faut porter le poids d’un monde imaginaire. Un jour la Mère décrète. « non tu ne peux plus faire ça, tu es trop grande ». Alors, j’obéis, sans comprendre pourquoi.

02/05/08

Ecriture & Reverdy.

Pierre Reverdy écrit le néant de la vie en essayant de combler les vides par les pleins et les déliés des mots.
J'aime l'écriture des gouttes de sens qui se vident sur les pages bleues. Ainsi, les collages allient la vérité des sonorités à l'image. La poésie accepte de ne pouvoir comprendre la vérité des schèmes. Il faudrait pouvoir comprendre la vérité d'une langue avant de se prétendre écrivain ou poètes. Pour la photographie il en va de même, je n'ai connu qu'une seule personne capable de saisir l'instant, il s'agit de mon ami Henri Cartier-Bresson (je dis ami, car j'ai eu l'occasion de correspondre avec lui avant sa mort), il savait à l'image de Reverdy comprendre la temporalité d'un bref moment. Alors, l'admiration et la passion ne peuvent venir que là-dessus.
Vivre, en soi, c'est ne pas prétendre savoir mieux que quiconque ce qu'est la vie, vivre, c'est savoir être humble face à la disparition, face à l'amour et au savoir. Vivre, c'est comprendre qu'on ne peut pas tout comprendre, vivre c'est aussi l'admiration qu'on peut éprouver en vers quelqu'un. Sans doute que je regrette ces moments d'admirations bornées en vers les personnes. Qui étaient présentes ailleurs que dans cette boîte à lettres. J'aimerais pouvoir dire que la vie n'est pas le néant. Enfin, vivre c'est accepter que les choses, les mots, la langue nous dépassent.
Se comporter comme Reverdy, face à Solesmes, dans les creux d'une abbayes.

"Je marque le nom propre au revers du destin, de l'enveloppe sombre à l'aile du hasard" Pierre REVERDY, "Enveloppe", in Au soleil du plafond et autres poèmes